02 novembre 2022

#70

 Point de non-retour

Athènes, – 447 - 2022

En 1802 un décret ottoman – en version italienne – stipule que les antiquités d’Athènes (alors sous domination turque) pouvaient être « vues, contemplées et dessinées », voire allégées de « qualche pezzo di pietra » ». Cet acte ouvrait la voie à l’ambassadeur de Grande-Bretagne pour faire sortir de Grèce 200 caisses de marbre, 12 statues de fronton, 13 métopes, 156 plaques de frise et lancer une des plus longues guerres de restitution de l’histoire de l’art.

Lord Elgin n’avait pas envisagé initialement la dépose des œuvres ; relevés et dessins l’auraient contenté, mais, devant les coûts imposés par les artistes, il se laissa convaincre de mener l’expédition « pour faire progresser le bon goût » et « avancer la littérature et les arts ». Opinion non partagée par Byron, qui, en 1812, invective ce « spoiler » pire que « le Goth, le Turc et le Temps ». Pire que les chrétiens transformant le Parthénon en église au Ve siècle ? que les Ottomans et leur mosquée en 1456 ? que le Vénitien Morosini et sa poudrière en 1687 ? En 1986, la Ministre de la culture Melina Mercouri lança un vibrant appel international : « Rendez-nous nos métopes ». Le British Museum, qui acheta  l’ensemble en 1816 au lord ruiné, reste toujours de marbre.

Entretemps la chronique du Parthénon s’est enrichie d’une nouvelle controverse esthétique. Fidèle à la Charte de Venise (1964) qui enjoint aux acteurs du patrimoine d’appliquer son article 9 (« la restauration s’arrête là où commence l’hypothèse »), la reconstitution du monument substitue des pierres blanches aux parties manquantes. Mais en exhibant le perdu et la discontinuité, on soulève une autre question : « Quand y a-t-il Parthénon ? ».

 

Sources : Wikipedia, « Parthénon » ; G. G. Byron, Childe Harold's Pilgrimage, canto II, st.11-12 ; S. Dawans et C. Houbart, « Quand y a-t-il Parthénon ? : l’identité du patrimoine face aux attentes et aux intentions », Nouvelle Revue d’esthétique, 2018. (Sur une suggestion de Vaugelas.)

 

  Marbre Elgin au British Museum