Blanchir le blanchisseur
2017, Paris-Montréal
« Dumas ? Un mulâtre qui a des nègres » : le bon mot prêté à Dumas fils et colporté par les adversaires du prolifique auteur confère une notoriété à l’expression « nègre littéraire » attestée dès le siècle précédent par son entrée dans le dictionnaire en 1757. Entendu selon le Trésor de la langue française comme « un personnage anonyme qui rédige pour une personnalité, qui compose des ouvrages d’un auteur connu », il reçut aussi d’autres appellations courantes dont « écrivain à gages », « prête-plume », et « blanchisseur » (Voltaire).
Du moins jusqu’en avril 2017, où la Délégation Générale à la langue française et aux langues de France ainsi que l’Office québécois de la langue française en déconseillèrent fortement l’usage du fait de ses relents esclavagistes. Il conviendrait de lui substituer « écrivain fantôme », calque de l’anglais ghostwriter (The Ghostwriter, film de 2010 de Roman Polanski, montre un prête-nom enquêtant sur le passé trouble de son commanditaire), ou « plume ». Le 13 novembre 2017, le Ministère de la Culture français confirme et officialise ce changement de dénomination et l’annonce au CRAN (Conseil représentatif des associations noires).
On préfère souvent « plume » aujourd’hui : chez les politiques, il arrive que les sous-traitants de discours et de souvenirs des princes soient aussi connus et identifiés que leurs maîtres. S’il n’y a pas toujours contrat, il y a du moins consentement et gain de reconnaissance.
Source : Wikipedia, article « nègre littéraire »