Le nom n’est rien
Leningrad, 1991 ; Columbus, 2020 ; Amiens, 1757
Le nom d'une ville change moins vite que sa forme. En renommer une à la faveur d’un changement politique est une entreprise rarement couronnée d’un succès durable. La révolution russe confirme cette règle : après 1989, Leningrad, Gorki, Molotov, Karl Marx Stadt, etc. sont devenues ou redevenues Saint-Pétersbourg, Nijni Novgorod, Perm ou Chemnitz. Dès 1961, Stalingrad s’appelait Volgograd.
Les États-Unis se montrent conservateurs en ce domaine. Jeffersonville (Indiana) et Jefferson City (Missouri), nommées d’après un célèbre propriétaire d’esclaves (accessoirement rédacteur de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis), ne semblent pas menacées. À Columbus, capitale de l’Ohio, une statue de 7 mètres de haut en l’honneur du navigateur qui accosta aux Bahamas en 1492, jadis offerte par la ville de Gênes, a été enlevée en juillet 2020 ; mais le nom de la ville demeure, malgré une pétition sur change.org.
Pendant la Révolution française, 1200 localités ont été rebaptisées. Il s’agissait généralement de légères modifications effaçant une référence au christianisme ou à la monarchie, annulées par un décret de 1814. Ce genre de changements était discrédité dès avant 1789. En 1757, après l’attentat de Damiens contre Louis XV, la ville d’Amiens avait voulu substituer à son nom celui de Louisville. Zèle patriotique que Grimm désapprouve : « On n’est plus dans le goût de cette sorte d’héroïsme que la philosophie a rendu ridicule. Le nom n’est rien. »
Sources : Hanif Abdurraqib, « The Vanishing Monuments of Columbus, Ohio », The New Yorker, 24 juin 2020 ; Friedrich Melchior Grimm, Correspondance littéraire, 15 juillet 1757
1er juillet 2020 : Christophe Colomb quitte la mairie de Columbus