27 mars 2022

#25

Cochon qui s’en dédit

Paris, 1947

Les traductions sont l’occasion de censures diverses. La suppression du nom d’un personnage historique n’est pas toujours le résultat d’une condamnation morale ; elle peut être au contraire l’effet d’un réflexe patriotique ou de l’admiration. C’est ainsi que dans Les Animaux partout ! (éditions Odile Pathé, 1947), la première traduction française d'Animal Farm. A Fairy Story, un verrat tyrannique se nomme César ; et César sévit toujours dans La République des animaux, fable traduite de l’anglais (Nrf Gallimard, 1964).

Il fallut attendre 1981 et une nouvelle traduction de Jean Queval (La Ferme des animaux, Champ libre) pour que César redevînt Napoléon ;  car tel est le nom que George Orwell avait donné à un personnage inspiré par la figure de Staline, qui s’oppose au cochon trotskiste Boule-de-neige (Snowball). Le sens du roman en est modifié. Débaptiser Napoléon, c’est faire oublier que la critique du pouvoir personnel avait été conduite par les marxistes eux-mêmes et par le premier d’entre eux dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte.

On comprend que la première traductrice, une certaine Sophie Devil, ou les premiers éditeurs aient souhaité ne pas heurter le lectorat par un exemple de francophobie. Mais cette occultation a donné lieu à une légende aussi curieuse que tenace qui fleurit sur internet (« Tour du monde des lois les plus absurdes »,  « Les 8 textes juridiques les plus improbables », etc.), celle d’une prétendue loi française qui interdirait que l’on nommât son cochon Napoléon.

 

Source : Sophie Muffat sur www.napoleon.org/, 2018

 

 

Jeremy Strong dans The Gentlemen, 2019 (http://sayitwithcaptions.com)