23 mars 2022

#24

 Ni crime ni châtiment

 

Gênes, Florence, Milan, décembre 2021-mars 2022

 

« Le wokisme n’existe pas  en Italie », se désolait en 2021 la fondatrice gênoise  de l’association antiraciste et transféministe « Be Woke Italia ». Avec moins de 1500 abonnés sur Instagram, vu l’envolée des chiffres chez les voisins européens, elle déplorait l’énigmatique mollesse de la péninsule. L’obélisque à la gloire du Duce restait droite sur son socle en plein centre de Rome ; le 12 octobre dernier, l’hommage de « la Patria » à l’ « illustre concitoyen » Cristoforo Colombo se déroula bénignement.

L’éveil des consciences prit corps sur un autre front début mars 2022 à la faveur d’une actualité plus immédiate : parmi les sanctions à infliger à la Russie pour agression de l’Ukraine, il devenait urgent de frapper les icônes culturelles, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevskï en l’occurrence. L’écrivain-traducteur Paolo Nori fut ainsi invité par l’université milanaise Bicocca à reporter une séquence de quatre cours publics sur l’auteur de Crime et Châtiment, « dans le but d’éviter toute forme de polémique, notamment interne ». Dans le même temps, le maire de Florence recevait de fortes pressions pour retirer du Parc des Cascine la statue de l’écrivain, érigée trois mois plus tôt à l’occasion du bicentenaire de sa naissance.

Madame la Rectrice des universités éteignit rapidement le feu académique en arguant le « malentendu » (reporter n’est pas censurer) et en autorisant les conférences. Le maire de Florence n’a pas plié. Outre-Antlantique, « la poutine », plat québécois, a disparu des estaminets, y compris sa « variante italienne », avec sauce bolognaise en ersatz de la brune.

 

Sources : L’Express, 6 décembre 2021 et 11 mars 2022 ; Le Figaro, 9 mars 2022