Alexis Carrel, cet inconnu
Lyon, 8e arrondissement, 1960, 1969, 1996 et 2006
Voici un certain temps que la réputation d’Alexis Carrel a été ternie par la relecture de certaines pages de L’Homme, cet inconnu. Le prix Nobel de médecine en 1912 y affirme « l’inutilité de nos efforts pour améliorer les individus de mauvaise qualité » : il est peut-être temps que l’on seconde les effets insuffisants de la sélection naturelle par « un établissement euthanasique pourvu de gaz appropriés ».
Dans le 15e arrondissement de Paris, à Limoges, à Gatineau et à Montréal, Alexis Carrel a cédé la place à Jean-Pierre Bloch (président de la LICRA), Martin Luther King, Marie Curie et Rita Levi-Montalcini (tous trois prix Nobel), respectivement. À Lyon, où il fit ses études, la faculté de médecine Alexis-Carrel a été renommée en 1996 en l’honneur de René Théophile Hyacinthe Laennec, inventeur du stéthoscope et auteur d’un poème héroï-comique où nul n’a encore détecté d’eugénisme.
Dans cette entreprise internationale de rectification, Lyon se distingue. Le 24 janvier 2006, le conseil du 8e arrondissement a décidé de renommer « Berty Albrecht, résistante » la voie ouverte en 1960 sous le nom de « rue Alexis Carrel, chirurgien ». Mais les nouvelles plaques n’ont pas remplacé les premières : celles-ci ont été conservées, artisanalement barrées d’un trait de peinture en sautoir. Le passant est ainsi invité non pas à effacer Carrel de sa mémoire mais à s’interroger sur les raisons de sa disgrâce. Ses admirateurs se consolent de savoir qu’il existe toujours une île Alexis Carrel dans l’océan Austral et, tout aussi inhabité, un cratère Alexis Carrel sur la Lune.
Sources : Wikipédia, page « Alexis Carrel », rubrique « Dissociations », A. Carrel, L’Homme, cet inconnu, Plon, 1935, p. 359 et 1943, p. 381 ; R.T.H. Laennec, La Guerre des Venètes, posth., Masson, 1931