17 avril 2022

#31

 Carré noir

Paris, 1897-Weimar, 1908-Pétrograd, 1915

En 2015, à l’occasion du centième anniversaire de la fameuse toile avant-gardiste, la galerie Tretyakov de Moscou fit examiner aux rayons X le Carré noir sur fond blanc de Kazimir Malevitch, dont elle possède la version originale. Quelle ne fut pas la surprise des experts de découvrir, sur la marge blanche, une inscription autographe en russe : « Combat de nègres dans une cave » !

On avait donc affaire à un cas d’autocaviardage. Non que le créateur du suprématisme russe se souciât d’être accusé de suprémacisme blanc, mais sans doute parce qu’il souhaitait que restât implicite la référence au Combat de Nègres dans une cave pendant la nuit, le plus célèbre monochrome de la série publiée par Alphonse Allais en 1897 (voir Chronique #23).

Le peintre aurait pu trouver une autre source d’inspiration dans les pratiques de la censure tsariste (voir Chronique #9), ou peut-être dans l’entreprise menée par Elisabeth Förster-Nietzsche contre la publication de la correspondance de son défunt frère avec son ami Franz Overbeck. Les gardiens de la mémoire du philosophe avaient en effet obtenu de la justice que des pages entières de l’ouvrage fussent noircies, lui conférant ainsi un intérêt de curiosité et une beauté singulière.

 

Sources : The Guardian, 13 novembre 2015 ; Carl Albrecht Bernoulli, Franz Overbeck und Friedrich Nietzsche. Eine Freundschaft, Diederichs, Jena 1908 (sur une suggestion de Carlotta et Alberto).

 

 

Franz Overbeck und Friedrich Nietzsche, 1908, p. 383