Dépollution verbale à haute pression
La Courneuve 2005-Paris 2022
La société allemande Alfred Kärcher SE&Co KG, fondée en 1935 par un ingénieur de Stuttgart, a déposé en 1950 son brevet d’instruments de nettoyage à haute pression d’eau. En juin 2005, le ministre français de l’intérieur Nicolas Sarkozy déclare à la Courneuve son désir de « nettoyer la cité des 4000 au Kärcher », une expression qui, selon lui, « s’impose ». Début janvier 2022, Valérie Pécresse, candidate à l’élection présidentielle, déclare devant la presse son intention de « ressortir le Kärcher de la cave », un lieu où il aurait été entreposé trop longtemps, à des fins sécuritaires.
Courant janvier 2022, comme cela avait été le cas en 2007 puis en 2010, le groupe Kärcher s’insurge par communiqué de presse contre « l’usage inapproprié » du nom de la marque par les politiques. Selon l’entreprise, celle-ci « défend des valeurs citoyennes fortes » et pratique le mécénat culturel.
Ces « valeurs » de sécurité, de propreté et de citoyenneté sont-elles si incompatibles entre elles et contraires au bon usage du langage ? Oui, si l’on considère qu’une société de nettoyage a peu de choses à voir, comme elle le prétend, avec la notion politique de citoyenneté. Non, si l’on admet la nuance et les figures de style : si la majuscule à Kärcher désigne clairement la marque, son absence vide la querelle. Un frigidaire ne peut-il pas (en même temps) assurer sa fonction rafraîchissante tout en réchauffant une ambiance apéritive, dans le respect des valeurs écologiques ?
Sources : Le Monde du 11 janvier 2022 ; TF1 info, 14 janvier 2022, et autres médias nationaux.
