07 septembre 2022

#54

Un petit tour et puis s’en va

Tour de France, 2018-2022

Depuis 1910, les organisateurs du Tour de France cycliste avaient créé la « voiture-balai ». Un véritable balai de paille décorait jadis le véhicule, remplacé depuis quelques décennies par une signalétique explicite de « voiture-balai », vouée à remorquer sur le trajet de l’étape le coureur démissionnaire et faire rendre le maillot aux éliminés. Or, les chauffeurs de ces véhicules sont depuis 2018 concurrencés dans l’ordre du folklore par une nouvelle catégorie de travailleurs de l’ombre : celle des effaceurs du Tour.

La retransmission télévisée de ce spectacle annuel a transformé en effet le bitume du Tour en scène artistique gratuite ou plate-forme revendicative mondialisée. Le tag douteux fleurit avec son lot d’obscénités phalliques, d’insultes et de propos haineux. Chaque jour, avant le passage des coureurs, une brigade d’effaceurs scrute le sol, gomme les messages, ou, mieux, les détourne artistiquement : « il s’agit de transformer le mauvais goût en hibou ».

Mais la pratique est victime de son succès, et le jeu créatif des graffeurs consiste à repérer les segments vierges ou de repasser après les effaceurs. Très fair play, les « eraser men » saluent leurs concurrents dans l’événementiel. « Ça fait partie de la fête ».

 

Source : Dernières Nouvelles d’Alsace, 24 juillet 2019. Franceinfo.sport, 15 juillet 2022