Bringing up babies
Dallas, 2022
Selon les prévisions de la Word Animal Foundation, la moitié des espèces animales actuelles aura disparu d’ici 2050. On peut se consoler en espérant que la tique et le moustique tigre feront partie de la prochaine charrette. D’autres optimistes préfèrent miser sur un retour : celui du mammouth.
Non pas l’enseigne d’hypermarchés qui écrasa les prix à la fin du xxe siècle avant d’être rachetée par le groupe Auchan, mais bien le mammouth à poil laineux (Mammuthus primigenius) qui sillonnait encore les plaines d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord il y a dix mille ans. Le mammouth est la première espèce animale dont l’homme a pu constater la disparition (sans en comprendre la cause). La découverte d’os et de défenses géants conduisit dès le 17e siècle à remettre en question les lectures littérales de la Genèse et à envisager la possibilité d’une extinction des espèces, y compris la nôtre.
Une société d’ingénierie génétique du nom de Colossal, fondée l’an dernier au Texas, espère remédier à la troisième extinction annoncée (« to fix it »), non en réduisant les activités humaines qui la précipitent, mais en ressuscitant ces antiques pachydermes dont le séquençage de l’ADN vient d’être réalisé. Le CEO de Colossal promet la naissance des premiers bébés mammouths en 2025. Outre les multiples obstacles éthiques et techniques que doit rencontrer cette entreprise, le bénéfice écologique attendu (un miraculeux ralentissement de la fonte du permafrost grâce à la dé-extinction d’une mégafaune broutante) semble aussi fantaisiste que dérisoire. Sans compter la détresse psychologique des mammoutheaux orphelins livrés à eux-mêmes dans l’immensité de la steppe.
Source : Jill Lepore, New Yorker, 15 août 2022 ; Colossal Biosciences : https://colossal.com/
