09 novembre 2022

#72

Gesticulation rééducative

Université Lyon2, mars 2022

Pour l’Encyclopédie (1757), « gesticuler » s’entend des « gestes affectés, indécents, ou trop fréquents » et désigne un défaut d’éloquence laissant percevoir toute sa différence avec la déclamation. En 1998, l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma partage encore cet avis : « Ce ne sont pas par ses discours et ses gesticulations mais par le silence et le sérieux que le sage se distingue dans l’assemblée ». En dehors de la pantomime muette, le mot ne semble revêtir qu’un sens péjoratif, même en argot militaire où il signifie « montrer ses forces sans les utiliser dans un but d’intimidation ».

En 2006 cependant, en contexte universitaire, la parole remplace le geste pour dé-silencier l’intimidation et adoube une forme-genre d’« expression directe », qui « ne nécessite aucune compétence théâtrale » de la part des participants et vise à « rendre sensible une émotion politique ». La conférence gesticulée, parfois agrémentée d’un café gesticulé, s’invite sur les campus comme un outil nouveau d’ « éducation populaire militante », destinée à mêler savoirs « chauds » (perceptions, vécus, ressentis) et savoirs « froids » (académiques). Sans tiédeur, mais avec « orage », selon le site de référence L’Ardeur, il s’agit de « transgresser la légitimité (toujours contestée) à parler en public », mais surtout de « dévoiler, démonter, questionner et analyser les mécanismes d’une domination ».

Sur le campus de Bron, ville où mourut Kourouma en 2003, on put ainsi en mars prendre un café gesticulé écoféministe « en avoir ou pas » ; rechercher-agir, conférer, gesticuler l’identité française avec J’aurais dû m’appeler Aïcha, pour « partager une prise de conscience et accompagner le public dans la révélation de celle-ci ».

 

Sources : agenda université Lyon2 ; www.ardeur.net ; A. Kourouma, En attendant le vote des bêtes sauvages.

 

 

Jane Fonda et Lawrence Harvey dans Walk on the Wild Side (1962)