13 novembre 2022

#73

 Hic fui

Genève, 1760 - Milan, 2022

Pendant l’été 1760, Casanova lit coup sur coup deux inscriptions dans des auberges helvètes. La première sur le mur du « lieu », parmi « les bêtises qu’on voit toujours dans ces endroits-là, à droite et à gauche », le met en garde contre les risques que présenterait une relation trop étroite avec une servante nommée Raton ; la seconde, gravée treize ans plus tôt sur une vitre avec la pointe d’un diamant, fait renaître le souvenir d’une certaine Henriette, aimée et oubliée.

Ces messages ont depuis longtemps disparu, en même temps que leur support, et il n’y a guère que les casanovistes les plus dévoués pour s'en émouvoir. Mais après avoir longtemps été considérés comme une forme de vandalisme narcissique, les graffitis – inscriptions exécutées par un particulier sur une surface publique, généralement verticale (on réserve volontiers le mot tag aux réalisations contemporaines) – sont aujourd’hui l’objet d’un intérêt nouveau. En même temps qu’ils le dégradent, ils ajouteraient une valeur historique au monument ainsi décoré, voire constitueraient une forme autonome de street art.

Aussi, tandis que les municipalités forment des brigades anti-tags, équipées de produits dégraffiteurs tels Grafnet Bio, Decauto, Mask Tag, Décafeutre ou Detag, des historiens militent-ils pour que la restauration des monuments respecte les traces laissées au cours des siècles par les visiteurs. Une troisième voie est ouverte en Italie, où les touristes, à Florence, à Milan, peuvent désormais inscrire sur des tablettes numériques les messages qu’ils sont invités à ne plus graver dans la pierre.

 

Sources : Casanova, Histoire de ma vie, vol. 6, chap. 8-9 ; R. Sarti, Stones, Castles and Palaces to Be Read […], JEMS, 2020 ; www.lagazettedescommunes.com/454658/brigades-anti-tags ; voir nos chroniques n° 10, 38, 52, 54