04 janvier 2023

#88

 Oui, mais sans pouffiasse

EPAHD du monde, 2022

 

Pour un non-anglophone ignorant que « to scrabble » signifie « gratter, s’efforcer de trouver une prise », le terme est entré dans les foyers internationaux depuis sa transformation en nom propre, celui de la marque de jeu de plateau qui concourt au loisir des familles et au sport cérébral des maisons de retraite. Disponible dans 121 pays et 36 langues, le Scrabble connut à l’origine d’autres variantes avant de se stabiliser. Déposée en 1948 aux USA, en France en 1955, distribuée ici par le groupe Mattel, la marque est codifiée depuis 1989 par un Officiel , qui veille au respect des formes admises à remplir les grilles à partir de sept lettres tirées au sort.

Premier avis de tempête aux USA en 2020 suite à l’affaire George Floyd et propagation en 2022 notamment en Suisse francophone où 400 mots jugés offensants sont supprimés par l’éditeur « dans le souci d’être plus inclusif ». « Negro » et « chinetoque » disparaissent aussitôt mais pas « blondasse », ni « bonasse ». Un membre du comité helvétique essaie de tempérer par la sophistique la colère de certains joueurs privés de combinaisons de lettres précieuses : « On joue ce mot, mais on veille à ne pas l’employer dans la conversation ». Le sort de « pouffiasse » est en revanche scellé dans la version française publiée le 24 décembre 2022 qui élimine 62 mots à caractère raciste, homophobe ou insultant : exeunt « tarlouze », « Boche », « femmelette », « gouine », « chicano », « travelo », « bamboula » et consorts. Curiosité : fin de « salope », mais pas de « salop ».

Que les joueurs se rassurent : 1000 mots ont été ajoutés, de quoi compenser largement les pertes et continuer à rêver d'autres tirages de lettres que le plus productif : AEINRST.

 

Sources : Wikipedia, article « Scrabble » ; Rts.ch, 6 juillet 2022 ;   https://gusandco.net, 24 décembre 2022

 

 

Un ancêtre du Scrabble dans Suspicion (Hitchcock, 1941)