23 février 2022

#8

Prière d’ajuster

Montpellier, Amsterdam, Paris, 2015-2020

En 2019, dans le cadre de l’exposition « Le Modèle noir, de Géricault à Matisse » au Musée d’Orsay, on renomma « Jeune femme aux pivoines » une des dernières œuvres de l’artiste Frédéric Bazille (1841-1870) jadis léguée par son frère au Musée Fabre de Montpellier sous le titre « Négresse aux pivoines». Il s’agissait d’ « effacer toute possible discrimination raciale », selon les termes d’une revendication portée par le footballeur Lilian Thuram et le poète Abd-el-Malik.

Cet appel à la valse des cartels fait suite à l’initiative prise en décembre 2015 par le Rijksmuseum d’Amsterdam de remplacer dans le titre des œuvres exposées les mots « nègre », « esclave », « sauvage », « maure », « mahométan », « nain », etc. par un vocabulaire « neutre ». L’appellation générique « hommes » ou « être humain » est certainement moins susceptible d’offenser. Les autres musées occidentaux étaient incités à procéder eux aussi à des « ajustements au sujet des terminologies colonialistes ». En 2020, le Musée Fabre a consacré un dossier à ce conflit entre la contextualisation et les vulnérabilités contemporaines.

Un bon tableau devrait pouvoir se passer de titre ; même si, dans une exposition précisément consacrée à mettre en lumière un sujet longtemps invisibilisé, une mention descriptive du modèle était sans doute tolérable.

 

                                                        Source : Dossier pédagogique, service éducatif du Musée Fabre