Le marié était en option
Kyoto, 2014
En Occident, le xixe siècle semble avoir consacré la conjugalité sous sa forme traditionnelle et bourgeoise : la littérature fait du « roman du mariage » un de ses sous-genres psychologiques les plus prisés ; plus tard, le cinéma de Hollywood y met du piquant avec les « comédies du remariage ». Et même si l’esprit de mai 68 a pu, quelques décennies, émanciper le couple de l’engagement solennel devant un autel et/ou Monsieur le Maire, le nouveau millénaire, dans trente pays, renoue avec ferveur avec le mariage, pour tous et toutes, toutes et toutes, tous et tous, et en fait parfois une exigence (ou un contentieux) politique.
Mais le Japon se démarque en proposant désormais le « mariage solo » via une agence de Kyoto, Cerca Travel, fondée en 2014 pour répondre au rêve de jeunes (et moins jeunes) femmes – exclusivement – de vivre « le plus beau jour de leur vie » sans partenaire masculin, ou seulement à titre décoratif (à louer pour 50 000 yen, soit 365 euros). Moyennant 2 000 à 2 700 euros selon options, le « package » de la cérémonie inclut la robe de la mariée (kimono de geisha ou princesse), le maquillage professionnel, une séance de shooting et un weekend solo dans un hôtel romantique. Les divorcées peuvent ainsi revivre l’expérience sous un autre format.
Si, pour la majorité des Nippones, ce voyage relève du « selfish spending », il sert surtout d’hameçon pour capter un potentiel élu conventionnel, compagnon réel d’une vie. Expédient pour expédient, le célibataire masculin chinois mise plutôt sur l’humanoïde pour pallier le déficit du vivier féminin : un ingénieur trentenaire a fabriqué en 2017 un robot, « épousé » en présence de sa mère et d’amis. L’heureuse élue s’appelle Yingying.
Sources : Japan Today, 2 novembre 2014, complaisamment relayé par la presse anglaise et française en 2017. (Sur une suggestion de Micot.)
« Me
and myself in my great big bed », Gloria
Grahame dans Crossfire, 1947
