Love is in the bin
Londres, 2018 ; Borovsk, 2022
Parmi les emblèmes du street art, se distinguent Ernest Pignon-Ernest et son émule britannique Banksy. Leur arme : le pochoir, technique fragile soumise aux aléas des intempéries et de la destruction pour offense… ou à l’ignorance. En 2014, la municipalité de Clacton-on-Sea jugea raciste une fresque montrant des pigeons qui tendent à une hirondelle des pancartes, dont : « go back to africa ». Une fois identifiés son auteur et son ironie, elle se ravisa en protégeant de plexiglas l’œuvre d’un artiste aussi coté.
Destinée à célébrer innocence et liberté, Girl with Balloon s’afficha en diverses versions et divers lieux de Londres à partir de 2002. Un exemplaire fut décollé pour être vendu par Sotheby’s en 2014. Mais par deux fois l’auteur s’insurge devant cet excès d’amour : le chanteur J. Bieber s’étant fait tatouer une copie de l’image, Banksy juge l’appropriation visuelle contestable (controversial). Puis, le 5 octobre 2018, à peine adjugée sous le marteau, la petite fille au ballon s’autodétruit sous les caméras et devient Love is in the Bin, l’artiste ayant dissimulé une déchiqueteuse dans le cadre. Autodissolution spectaculaire, surenchère et bancarisation de l’effacement conjuguent leur portée médiatique, à l’Ouest en tout cas.
À cent kilomètres de Moscou, V. Ovtchinnikov, 84 ans, passe sa retraite à peindre sur les murs de sa ville, ce qui fait de lui une petite attraction touristique. Jusqu’à cette fillette en jaune et bleu avec poupée, une colombe, des bombes et le message « Arrêtez ». Jugé pour « dénigrement des forces armées russes », le « Banksy de Borovsk », mis à l’amende, est encore protégé personnellement. Mais pas ses fresques politiques, masquées désormais place Lénine. Allô Sotheby’s ?, allô Justin B. ?
Sources : The Telegraph, octobre 2014 ; notice Wikipedia sur Banksy ; « En Russie, le vieil homme qui peignait la paix », Le Monde du 22 avril 2022.