15 mai 2022

#39

Double restauration

Lyon, xvii-xxie siècles

Une première statue de Louis XIV, commandée à Martin Desjardins en 1688, fut installée vingt-cinq ans plus tard sur la place Bellecour, à Lyon, bien  après la mort du sculpteur et peu avant celle du sujet représenté. En août 1792, les décrets de l’Assemblée
 législative
 imposant la destruction des effigies monarchiques et la conversion 
du bronze en canons signent son arrêt de mort. L’architecte Catherin François Boulard a beau proposer que l’on conserve au moins le cheval dont on pourrait imaginer qu’il avait « par ses bonds impétueux jeté à terre le cavalier qui le tenait asservi », les démolisseurs commencent bientôt leur travail. Seules sont sauvées les allégories de la Saône et du Rhône par les frères Coustou.

Sous la Restauration, fut érigé un nouveau Louis XIV, celui de François Frédéric Lemot, qui faillit connaître en 1848 le sort du premier. On tenta de préserver le monument en remplaçant la dédicace à la gloire du roi par une inscription politiquement neutre :  chef d’œuvre du citoyen lemot, statuaire lyonnais. Le Bourbon déguisé en Romain allait néanmoins être descendu de son piédestal… quand le Commissaire général de la République fit placer la statue « sous la sauvegarde de la population lyonnaise, en attendant la décision du gouvernement qui a, seul, le droit de prononcer en matière pareille ».

Cinq républiques plus tard, Louis XIV est toujours au centre de la place ; et il va même être préservé des outrages du temps par une nouvelle restauration. En profitera-t-on pour appliquer une vieille idée éminemment économique : doter toutes les statues d’une tête amovible ?

 

Sources : Joseph Bard, « De la statue de Louis XIV à Bellecour », Revue du Lyonnais, 1848

 


Saul Steinberg, New Yorker, 14 janvier 1961