Sur le chemin de Damas, Ier siècle ; écuries de Lord Rockingham, 1762
Une des scènes les plus
spectaculaires du Nouveau Testament relate la conversion de Saül de Tarse,
parti de Jérusalem persécuter les disciples du Christ, qui, ébranlé sur le
chemin de Damas par la voix de Jésus, choit, se convertit et prend le nom
de Paul : le récit est muet sur le véhicule utilisé et le décor, et se
concentre sur les écailles tombées des yeux de Säul-Paul.
Mais, sans doute pour conférer plus de pathos à la scène, une légende médiévale invente la chute de Saül d’un cheval, animal qui disputerait presque la vedette au futur converti dans la peinture caravagiste. Déplacement et ajout qui motivent le titre correcteur du dernier ouvrage de Florence Delay, Il n’y a pas de cheval sur le chemin de Damas. S’agit-il d’une semi-occultation de l’enjeu spirituel de la dramatis personae au profit du naturalisme ou d’un simple transfert de sa violence de l’homme sur l’animal ? Or, il peut arriver que la monture la plus réaliste efface plus radicalement le cavalier, en histoire comme en art.
L’humble peintre anatomiste équin George Stubbs offrit à l’Angleterre le plus monumental portrait au monde représentant un unique cheval, Whistlejacket, commandé à l’artiste par Lord Rockingham (3x2,5mètres). Originellement destiné à être monté par le futur roi George III (sous le pinceau d’un confrère, spécialiste de têtes couronnées), Whistlejacket doit l’honneur de la majesté solitaire à une soudaine rupture d’allégeance entre le commanditaire et le royal cavalier. Exit George III de l’image, déchu par son mécène. La National Gallery de Londres a attendu l’an 2000 pour offrir à son fringant destrier une stalle princière.
Sources : Actes des Apôtres, IX, 3-9 ; « Florence Delay lâche la bride au destrier de saint Paul », Le Monde, 22 avril 2022 ; Werner Busch, Die Künstler Anekdote (1760-1960), BeckVerlag, München.
George Stubbs, Whistlejacket, 1762
