22 mai 2022

#41

Ad usum Delphini

Paris, 1670-1698

Selon une encyclopédie en ligne, ad usum Delphini « désigne une collection de classiques grecs et latins destinés à l’instruction de Louis de France, fils de Louis XIV, entreprise à l’initiative du duc de Montausier, sous la supervision de Bossuet et Pierre-Daniel Huet ». On nous invite à comparer le texte d’Esther (« Lorsque le roi, contre elle enflammé de dépit, La chassa de son trône ainsi que de son lit ») avec la version ad usum Delphini : « Lorsque le roi contre elle irrité sans retour, La chassa de son trône ainsi que de sa cour. » Et de conclure : « Aujourd’hui, cette expression est employée de façon ironique pour désigner un ouvrage expurgé afin de pouvoir être mis entre toutes les mains ».

Déjà, Pierre Larousse avait péremptoirement affirmé : « Les poètes latins subirent de nombreuses mutilations et les passages qui n’étaient pas d’une chasteté rigoureuse furent effacés ». Catherine Volpilhac a lu les volumes et montré que cette mauvaise réputation est injuste : il y a « peu de censure de l’obscénité et aucune déformation de la vérité historique ». Par ailleurs, cette édition, à laquelle Bossuet n’a pas participé, ne s’est jamais occupée de publier Racine (la correction citée se trouve dans une édition de ses œuvres en… 1855)

Faut-il se réjouir que des chercheurs se soucient encore d’exactitude ? Se désoler que leurs travaux soient impuissants à empêcher la propagation de vieilles erreurs plus séduisantes que la vérité ?  Ou se désoler plus encore que tout le monde ou presque a oublié ce que signifie ad usum delphini ?


Sources : wikipédia (20 février 2022) ; Grand Dictionnaire Larousse, 1870 ;  C. Volpilhac-Auger (dir.), La Collection Ad usum Delphini, 2000 ; Racine, Œuvres choisies et épurées, 1855