01 juin 2022

#44

Abolir le nom

Rome, 1er siècle p.C.

Dans le monde antique, l’apothéose, prélude à divinisation, précède parfois de très peu la chute dans l’infamie publique. La déconsécration d’un haut personnage, instruite officiellement par le Sénat post mortem reçoit le nom d’abolitio nominis et consiste à effacer les concernés des archives historiques en imposant les destructions de statues, le martelage de monnaie à effigie, la suppression au burin des inscriptions sur les bornes milliaires, etc. Pline le Jeune témoigne de cette saine furor : « Quelle joie de jeter à terre ces visages superbes, de courir dessus le fer à la main, de les briser avec la hache »…

Marc Antoine, Messaline, Néron (le premier empereur concerné), Domitien, Heliogabale subirent cette loi de rature ; à laquelle échappèrent Caligula et Caracalla, malgré la présence du perduellium et de la causa majestatis (crimes contre l’État) dans la liste des forfaits sanctionnables.

Mais la damnatio memoriae (désignation moderne) était assortie d’une clause importante : sa révision potentielle restauratrice du nom et de ses signes outragés. On passe ainsi de la contrainte à l’oubli du nom propre à l’oubli de son oubli, et à la possibilité d’une réhabilitation posthume, que peuvent espérer ceux qui sont aujourd’hui l’objet d’une amnésie punitive.

 

Sources : Pline, Panégyrique 52 ; J.-M. Pailler et R. Sablayrolles « Damnatio memoriae : une vraie perpétuité », Pallas n° 40, 1994. (Sur une suggestion de Micot)

 

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