Abolir le nom
Rome, 1er siècle p.C.
Dans le monde
antique, l’apothéose, prélude à divinisation, précède parfois de très peu la
chute dans l’infamie publique. La déconsécration d’un haut personnage,
instruite officiellement par le Sénat post mortem reçoit le nom d’abolitio
nominis et consiste à effacer les concernés des archives
historiques en imposant les destructions de statues, le martelage de
monnaie à effigie, la suppression au burin des inscriptions sur les bornes
milliaires, etc. Pline le Jeune témoigne de cette saine furor :
« Quelle joie de jeter à terre ces visages superbes, de courir dessus le
fer à la main, de les briser avec la hache »…
Marc Antoine,
Messaline, Néron (le premier empereur concerné), Domitien, Heliogabale subirent
cette loi de rature ; à laquelle échappèrent Caligula et Caracalla, malgré
la présence du perduellium et de la causa majestatis (crimes
contre l’État) dans la liste des forfaits sanctionnables.
Mais la damnatio
memoriae (désignation moderne) était assortie d’une clause
importante : sa révision potentielle restauratrice du nom et de ses signes
outragés. On passe ainsi de la contrainte à l’oubli du nom propre à l’oubli de
son oubli, et à la possibilité d’une réhabilitation posthume, que peuvent
espérer ceux qui sont aujourd’hui l’objet d’une amnésie punitive.
Sources : Pline, Panégyrique 52 ; J.-M.
Pailler et R. Sablayrolles « Damnatio memoriae : une vraie
perpétuité », Pallas n° 40,
1994. (Sur une
suggestion de Micot)
Donald Trump quitte le musée Grévin, le 19
janvier 2021 (AFP)
Abolir le nom
Rome, 1er siècle p.C.
Dans le monde antique, l’apothéose, prélude à divinisation, précède parfois de très peu la chute dans l’infamie publique. La déconsécration d’un haut personnage, instruite officiellement par le Sénat post mortem reçoit le nom d’abolitio nominis et consiste à effacer les concernés des archives historiques en imposant les destructions de statues, le martelage de monnaie à effigie, la suppression au burin des inscriptions sur les bornes milliaires, etc. Pline le Jeune témoigne de cette saine furor : « Quelle joie de jeter à terre ces visages superbes, de courir dessus le fer à la main, de les briser avec la hache »…
Marc Antoine, Messaline, Néron (le premier empereur concerné), Domitien, Heliogabale subirent cette loi de rature ; à laquelle échappèrent Caligula et Caracalla, malgré la présence du perduellium et de la causa majestatis (crimes contre l’État) dans la liste des forfaits sanctionnables.
Mais la damnatio memoriae (désignation moderne) était assortie d’une clause importante : sa révision potentielle restauratrice du nom et de ses signes outragés. On passe ainsi de la contrainte à l’oubli du nom propre à l’oubli de son oubli, et à la possibilité d’une réhabilitation posthume, que peuvent espérer ceux qui sont aujourd’hui l’objet d’une amnésie punitive.
Sources : Pline, Panégyrique 52 ; J.-M. Pailler et R. Sablayrolles « Damnatio memoriae : une vraie perpétuité », Pallas n° 40, 1994. (Sur une suggestion de Micot)
