05 juin 2022

#45

Le nom du père

Paris, janvier 2022

Il est possible en France de changer un patronyme à consonance ridicule ou de franciser un nom étranger, au prix d’une procédure coûteuse et incertaine auprès du ministère de la Justice. Les motifs affectifs sont rarement acceptés. Une proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale simplifie ce parcours : une fois dans sa vie, tout citoyen majeur pourra demander à prendre un autre nom, sur simple démarche en mairie, sans avoir à se justifier. Mais attention : la procédure simplifiée demeure dans un cadre familial : c’est-à-dire qu’elle permet surtout à chacun de prendre le nom de sa mère. Toute fantaisie est exclue.

D’autres pays sont plus souples dans ce domaine. Aux USA, un magistrat local ne pourra refuser votre demande, sauf s’il s’agit de vous faire passer pour quelqu’un de célèbre, si le nom choisi est obscène ou insultant ou s’il contient des caractères autres que les lettres de l’alphabet. Cassius Marcellus Clay Jr est devenu Muhammad Ali en 1964 (il n’est d’ailleurs pas certain qu’il se soit donné la peine de faire la démarche administrative). Lew Alcindor (Ferdinand Lewis Alcindor Jr), le pivot des Lakers, suivit son exemple dix ans plus tard en devenant Kareem Abdul-Jabbar. Dans les deux cas le changement de nom est lié à la conversion de ces champions à l’islam, mais aussi, surtout, au refus du nom d’esclave imposé à leurs ancêtres, qui avait effacé leur identité africaine.

Sébastien Chenu, député RN du Nord, ne modifiera pas son nom ; il dénonce une réforme visant à « déconstruire l’identité et la famille ».

 

Source : Proposition de loi nº 768, 26 janvier 2022

 

« Beaucoup le sont mais peu le disent ».

Cimetière de Chazelles-sur-Lyon.