08 juin 2022

#46

 « Sur son cœur on lisait Personne »

(Paroles de Raymond Asso, interprète Marie Dubas, 1936)

Fondée en 1831 pour permettre à des étrangers de combattre au service de la France, la Légion étrangère constitua longtemps une exception mondiale de corps militaire autonome, distinct du mercenariat. Cette porte ouverte à l’engagement d’anciens rebelles voire déserteurs de leur pays d’origine au passé parfois trouble, débouchant sur la possibilité d’une « seconde vie », suscita un véritable mythe jusqu’en 1945, tant au cinéma qu’en littérature. Pierre Mac Orlan en dessine le type dans Quai des Brumes et dans La Bandera, sous les traits de Jean Gabin à l’écran.

Au xxie siècle, l’usage se systématise de proposer aux engagés – le contrat dure 5 ans non négociables –, une « identité déclarée » d’emprunt leur garantissant l’anonymat (changement de nom, prénom, date de naissance) avec pour conséquences des restrictions importantes en matière de droits civiques. Depuis 2015, le légionnaire peut au bout de 6 mois décider de récupérer son identité ancienne ou de garder la nouvelle. Désormais, l’immense majorité des légionnaires s’engagent sous leur identité réelle, sans souci de dissimuler leur passé.

La Légion double aujourd’hui sa communication officielle par un post plus direct : « Nous sommes à la recherche de gars solides qui aiment résoudre des problèmes partout dans le monde. » La seule oblitération concerne le genre. Pas de femme engagée dans la Légion à une exception notoire : l’Anglaise Susan Travers (1909-2003), collaboratrice rapprochée de Pierre Kœnig à Bir-Hakeim, longtemps effacée de l’Histoire pour des raisons privées.

 

Sources : www.legion-recrute.com ; Le Képi blanc, 25 juin 2021 ; Pierre Mac Orlan : Le Quai des Brumes (1927 et film de Marcel Carné en 1938) ; La Bandera (1931 ; et film de Julien Duvivier en 1935) ; Susan Travers, Tomorrow to Be Brave. A Memoir of the Only Woman Ever to Serve in the French Foreign Legion, 2000 (Tant que dure le jour, Plon, 2001).

 

  Les Morfalous (Henri Verneuil, 1984)