La part du lion
Washington, DC, 1962
On estime que le manteau en fourrure de léopard créé par Oleg Cassini pour Jackie Kennedy coûta la vie non seulement à deux ou trois représentants de l’espèce Panthera pardus mais, indirectement, à 250 000 de leurs congénères. La first lady était en effet la femme la plus imitée au monde. Quelques années plus tard, les États-Unis placèrent le félin sur la liste des espèces menacées, rendant illégale l’importation de sa peau. Bientôt, toute personne se risquant à se parer de la dépouille d’un animal sauvage encourut la réprobation publique. Et Oleg fit son mea culpa.
En revanche les motifs imitant les taches (ou rosettes) du léopard continuent à faire florès. C’est là une mode indémodable depuis les années 1780, quand apparurent en France et en Angleterre les tissus ainsi imprimés, qui suggéraient à la fois la sensualité du fauve et la pureté de Diane, la vierge chasseresse. Faut-il se réjouir de ce triomphe salutaire du faux, et de ce que l’avenir des manteaux à la Jackie soit encore plus sûrement menacé que celui des panthères ? Oui, mais non.
Une chercheuse britannique pense que l’omniprésence des fausses taches, créant l’illusion d’une riche population de léopards virtuels, détourne l’attention du sort des véritables bêtes. Caroline Good promeut l’idée d’une « species royalty », une redevance d’espèce, sous la forme d’un pourcentage prélevé sur le prix de tous les produits utilisant l’image des grands fauves (par exemple les trois lions du maillot de l’équipe de football d’Angleterre), taxe qui alimenterait un fonds pour sauver ces animaux de l’extinction.
Sources : Rebecca Mead, « Saving the cat’s pajamas », New Yorker, 28 mars 2022 ; Jo Weldon, Fierce, the History of Leopard Print, Harper, 2018 ; Caroline Good et alii, « Connecting the spots : Leopard print fashion and Panthera pardus conservation », Journal for Nature Conservation, juin 2021.
Sigmond Freudeberg et Louis Bosse, « La Matinée », c. 1780 (détail)
