Autocensure
« Je viens de supprimer deux paragraphes de mon prochain livre consacrés à la pratique du tricycle. J’ai eu peur que l’on y voie des allusions sexistes, racistes ou homophobes. Je parlais plus loin d’une libellule, mais vous pensez bien que j’ai également effacé ce passage litigieux ».
Aux auteurs qui, à
la différence d’Éric Chevillard, ne seraient pas capables de détecter ce qui
dans leurs écrits est de nature à heurter les lecteurs, certaines maisons
d’édition proposent désormais des « sensitivity
readers » (lecteurs en sensibilité) qui reliront les manuscrits pour y
traquer les stéréotypes, « les
problèmes de représentation et les paroles problématiques ». Car
chacun sait que la littérature ne doit pas confronter le lecteur à ce qui est « problématique » ;
de même que la salle de classe doit prévoir des « safe spaces »
(espaces sécurisés) et des « trigger warnings » (alertes) qui protègeront
les élèves sensibles de toute confrontation avec des idées autres que les leurs, de tout « acute dicomfort ».
La rubrique « Sensitivity readers » du site Planète diversité, qui proposait naguère les services (payants) de « relecteurs·trices français·e·s » n’est plus accessible (« Aïe ! cette page est introuvable ») : peut-être est-ce le signe que ce retour à une forme de censure préalable suscite en France plus d’hostilité que dans d’autres pays.
Sources : L’Autofictif, 5 septembre 2022 ; https://www.lesinrocks.com/ (1er décembre 2020) ; https://planetediversite.fr
