16 octobre 2022

#65

Pachtoune à mon bouddha

Afghanistan, vie- xxie siècle

Le 14 mars 2001, en application d’un décret du mollah Omar, deux bouddhas géants (55 et 35 m) sculptés dans une falaise à Bamiyan, qui avaient survécu pendant quatorze siècles aux vicissitudes politiques de la région, étaient dynamités. Si la condamnation de la « communauté internationale » fut unanime, tout le monde ne s’accorde pas sur le sens à donner à cette démolition.

La tentation était grande de voir là l’aboutissement logique de l’iconoclasme musulman ; les talibans auraient simplement été plus efficaces que leurs prédécesseurs, qui avaient déjà mutilé les têtes des statues, privées d’yeux et de nez avant même qu’elles ne fussent découvertes par les voyageurs occidentaux au début du xixe siècle. Mais dans ce cas, pourquoi les visages avaient-ils été arasés avec un tel soin ? On pense aujourd’hui que les bouddhas de Bamiyan n’ont jamais eu de visage, mais des masques en bois. D’ailleurs l’arrivée des talibans à Bamiyan en 1998 ne s’était pas immédiatement traduite par des actes de vandalisme. Il est possible que les deux bouddhas aient été les victimes collatérales d’une rivalité entre Pachtounes sunnites et Hazaras chiites, ces derniers ayant fait des statues monumentales un symbole de leur identité.

Après la première chute des talibans, fin 2001, il fut question de reconstruire les bouddhas à l’identique, et d’effacer ainsi l’acte destructeur ; de « nier la négation que représente leur anéantissement ». Le projet fut abandonné et il est peu probable que le nouveau régime de Kaboul soit soucieux de transformer en Disneyland la vallée de Bamiyan.

 

Source : Pierre Centlivres, « Vie, mort et survie des Bouddhas de Bamiyan (Afghanistan) », Livraisons de l'histoire de l'architecture, 17 | 2009

 

Niche du grand bouddha de Bamiyan, post-mars 2001