19 octobre 2022

#66

 Accidentologie picturale

Europe, 1497-2022

Selon une définition admise, « une œuvre perdue est une œuvre d’art attestée par des sources crédibles mais qui n’est présente dans aucun musée ou collection privée. » Cette perte, parfois consécutive à une destruction connue, peut être délibérée, accidentelle ou par négligence. L’examen de quelques cas atteste la possibilité de causes combinées, mais aussi la réapparition matérielle du perdu, voire l’existence d’une œuvre trouvée jamais perdue, par repentir du peintre ou sacrifice économique.

C’est ainsi que la Triton Collection de La Haye vient de s’enrichir d’une œuvre ni perdue ni connue, offerte par le hasard d’une vente : Le 14 juillet de Fernand Léger cachait à son dos une autre toile, de style différent, plus réaliste, qu’on décida de nommer Fumée sur les toits. Le cubiste désargenté n’avait pu user que d’un seul support. Variante de ce renoncement : Le Vieux Guitariste aveugle (1903) du jeune Picasso dissimulait dans sa trame La Femme perdue, baptisée et recréée en 2019 par un processus numérique, le neural style transfer. Mais l’acte imposé par la nécessité économique n’épuise pas la longue liste des trésors perdus par négligence, vengeance délibérée et/ou accident.

Outre le tristement volontaire « bûcher des vanités » de Savonarole (1497), citons un portrait de Cranach victime collatérale du bombardement de Dresde en 1945. Et surtout l’amputation malencontreuse de La Ronde de nuit de Rembrandt, découpée en 1715 lors d’un déménagement parce qu’elle ne passait pas par les portes, et dont certains fragments disparurent ensuite mystérieusement. Par bonheur (?), l’intelligence artificielle vient de révéler ce qu’elle avait dû être, prélude à une possible restauration.

 

Sources : Tf1info.fr, 9 octobre 2022 ; L’Obs, 27 septembre 2019 ; Connaissance des arts, 25 juin 2021 ; Wikipedia : « Œuvre d’art perdue ».

 

Personnages disparus de la Ronde de nuit

(connus d’après une copie du xviie siècle)