20 novembre 2022

#75

 Bibelots d’inanité sonore

Stuttgart, Maranello, 2021

Parmi les vertus supposées des véhicules électriques, la moins contestable semblait être son silence. On allait enfin être débarrassé des bruits dont, depuis plus d’un siècle, les moteurs à explosion emplissent nos villes et nos campagnes ; on allait à nouveau entendre le pépiement des oiseaux et l'ahanement du joggeur. Or les voitures électriques continuent à émettre force bruissements, sifflements et frottements (freins, pneus) ; si bien qu’à une certaine vitesse, elles sont presque aussi bruyantes que leurs homologues à essence. On objectera qu’en ville, à vitesse réduite, elles sont quasiment silencieuses. Certes, mais c’est précisément là que le bât blesse.

Car le bruit d’un véhicule fournit au piéton ou au cycliste une somme d’informations salutaires sur sa vitesse, sa distance, sa direction. C’est pourquoi, depuis le premier juillet 2019, une directive européenne exige que toutes les nouvelles automobiles électriques soient équipées d’un « avertisseur piéton » qui s’active automatiquement quand on roule à moins de 20 km/heure. Des artistes cotés sont, paraît-il, recrutés pour composer des acoustic vehicle alerting systems (AVAS), mélodies diffusées par haut-parleurs, dont la concurrence promet une jolie cacophonie urbaine.

Aux USA, la NFB (fédération nationale des aveugles) fut à l’origine du Quiet Cars Bill, voté dès 2010. Mais le souci du bien public et des populations fragiles n’est pas la principale motivation des constructeurs. Chez Porsche, chez Ferrari, par exemple, on tient surtout à perpétuer la « griffe sonore », inséparable, dit-on, du plaisir de la conduite sportive : les ingénieurs travaillent à reconstituer artificiellement le vrombissement des modèles traditionnels. La voiture finirait, pas son bruit.

 

Source : John Seabrook, “On alert”, New Yorker, 8 août 2022

 


L’Affaire Tournesol (1956)