Actifs masquants
Versailles, 1755-2022
Consciemment ou non, nous nous transformons en imparfaits petits chimistes dès lors que nous pénétrons dans la salle de bains. Y séjournent ces substances « qui limitent la prolifération de micro-organismes cutanés, actifs masquants (parfums) ou séquestrants qui "neutralisent" les molécules malodorantes ». Si la chronique rapporte le goût ancien pour les parfums de nos souverains insoucieux d’hygiène et un dernier passage de Marie-Antoinette chez Houbigant après Varennes, l’usage des déodorants « séquestrants », à base de molécules encapsulées dites « cages », suscite aujourd’hui la suspicion des revues médicales et des magazines de consommateurs.
La sueur apocrine subit la contre-attaque effrénée sur le marché du produit bloquant (antiperspirant, antisudoral) ou masquant. Avouons que la différence entre déodorant et désodorisant, pour rassurante que soit la distinction entre humains et espaces fétides, demeure chimiquement mince et l’innocuité supposée un problème commun. Or, une odeur trop agréable peut nécessiter aussi une intervention neutralisante d’urgence, comme l’a récemment tenté – sans succès – un transporteur de cannabis qui avait aspergé son véhicule d’un désodorisant puissant. Les odeurs s’évaporent certes, mais avec le temps.
L’Osmothèque de Versailles propose de ressusciter les parfums historiques disparus : à la demande d’un chercheur, elle a « reproduit la recette du mamelouk, à l’usage exclusif de l’Empereur », relate Marcel Cohen, parti quant à lui sur les traces persistantes dans son souvenir de l’agua de limon de ses grands-parents juifs turcs, et de l’eau de Cologne de sa mère, morte en déportation. L’écrivain confie qu’il retient toutes les odeurs sur sa peau, intus et in cute.
Sources : Wikipedia, « Déodorant » ; Polycarpe Poncelet, Chimie du goût et de l’odorat , 1755 ; Marcel Cohen, Notes sur le parfum, 2022 ; La République du Centre, 2 décembre 2022
