11 janvier 2023

#90

Tchao Pantin

Pantin, 2023

La littérature et le cinéma ont popularisé le titre La Femme et le Pantin (roman de Pierre Louÿs publié en 1898), adapté à l’écran au moins quatre fois, dont les versions de Josef von Sternberg (1935, avec Marlene Dietrich), Julien Duvivier (1959, avec Brigitte Bardot) et de Luis Buñuel (1977, sous le nom de Cet obscur objet du désir). Récit de la manipulation de deux naïfs Français par une séductrice sévillane, tour à tour prénommée Conception, Concha, Conchita, Chita, le livre s’ouvre sur l’envoi d’un message bref de l’amoureux gravé sur une coquille d’œuf : « quier», déclaration renvoyée à l’expéditeur sur le même support mais où le o final, altéré, peut se lire comme un e. J’aime ? Il/elle aime ? Qui aime et qui domine, en espagnol ?

En français aussi un e final en plus ou en moins peut changer le cours des choses, surtout dans la ville de Pantin, en Seine-Saint-Denis. Pour ses vœux de nouvelle année à ses administrés, l’édile Bertrand Kern a décidé (sans consulter son conseil) de lutter contre les inégalités de traitement liées au genre, notamment par la décision et le geste forts suivants : en 2023, Pantin deviendra Pantine ; certes à titre provisoire, pour un an seulement, sans incidence sur la bureaucratie et la valse des dénominations administratives, à coûts constants. Chacun son tour d’être le ou la pantin.e de l’histoire, avant de finir peut-être en dinde ou dindon de la farce.

D’espiègles journalistes raillent déjà d’un tweet le décret égalisateur : « on me dit que le maire de Mâcon est plus réservé que celui de Pantin quant à l’ajout du e en finale ». Des internautes évoquent le couple Lyon/Lyonne, et suggèrent l’effet paradoxal qu’il y aurait à féminiser Juan-les-Pins.

  

Sources : Jacques Dupont, Le Point, 2 janvier 2023 ; Étienne Girard, L’Express, 4 janvier 2023

 

 
Chéri Hérouard, La femme et le pantin (1913), détail