29 janvier 2023

#95

Renverser à terre

Paris, août 1792

Le 11 août 1792, la statue équestre de Louis XV par Edme Bouchardon, installée depuis 1763 place du même nom (actuelle place de la Concorde) fut « renversée à terre par le peuple ». Le même jour, le Louis XIV pédestre d’Antoine Coysevox niché à l’Hôtel de Ville (1689) connaissait le même sort, mais fut sauvé de la destruction.

Sous la Révolution, on ne manquait pas de mots pour dire les opérations par lesquelles le peuple se faisait justice en effaçant les symboles de l’oppression, mais on ne déboulonnait pas encore. La violence du renversement conserve quelque chose de carnavalesque ; elle n’a rien du geste tristement technique du déboulonnage, entreprise méthodique d’un âge industriel (voir chroniques #1, 11, 21, 61, 67…). Vandalisme, apparu en 1794, dénonce une violence exercée contre une œuvre d’art, mais une violence aveugle et inculte : rares sont ceux qui se réclament ouvertement du vandalisme. Terrorisme et épuration, apparus au même moment, relèvent bien quant à eux d’un projet politique assumé, mais s’attaquent aux personnes et non aux symboles.

Si l’on excepte quelques châteaux brûlés et abbayes saccagées, l’ampleur du vandalisme révolutionnaire fut étonnamment limitée. Dès octobre 1792, des mesures inspirées par l’abbé Grégoire avaient été prises pour protéger monuments et œuvres d’art. Ce fut dès lors dans le domaine du changement des noms que la libido oblitterandi trouva le mieux à s’exprimer (voir chroniques #21 et 87).

 

Les Révolutions de Paris, 1792, n° 161