Aux noms de la rose
Hollywood, 1920-1950
Notre chronique #64 s’intéressait aux mobiles des écrivains que le souci de leur carrière ou les aléas historiques poussèrent à changer leur identité civile par le recours à un ou plusieurs hétéronymes. Transportons l’enquête sur le terrain du « nom de scène » (screen surname) en la limitant à ces stars féminines, qui firent, à la grande époque de Hollywood, mentir l’adage shakespearien. Si « a rose by any other name would smell as sweet », pourquoi la signature Greta Garbo répand-elle un sillage plus suave que Greta Lovisa Gustafsson ?
Dans le cas de la belle Suédoise, l’explication est au moins double : son patronyme réel (et ses variantes en Gustavson, Gustafson) est très commun dans son pays. À cette banalité s’ajoute aux États-Unis la suspicion de l’imprononçable ou d’une longueur excessive au générique, ce à quoi remédia l’efficace et plus universel Greta Garbo. Affaire adjugée, malgré l’objection de Louis-B. Mayer, que heurtait le voisinage malodorant de… garbage (ordure). Ce nom de scène de la Divine, cachée plus tard derrière ses lunettes noires, accompagnera sa sortie volontaire des écrans sans nuire aucunement à son aura.
Car c’est à l’intervention des agents et des studios que de nombreuses stars durent leur nouveau nom : Judy Garland effaça ainsi celui de Frances Ethel Gumm, propulsée à cinq ans sur scène avec ses deux sœurs dans le trio des Gumm Sisters, et ainsi démarquée ; Norma Jeane Mortenson devint Marilyn Monroe en réactivant le nom maternel. Quant à Lauren Bacall, née Betty Joan Perske, son nom de scène fut le produit collaboratif de Howard Hawks (pour le prénom) et de sa propre initiative (hommage à sa mère juive roumaine).
Sources : Wikipedia, article « Screen-surname » ; Shakespeare, Romeo and Juliet, acte II, scène 2
