06 février 2023

#97

Punitions collectives

Paris-Lyon-Marseille, octobre 1793-août 1944

« La ville de Lyon sera détruite, on ne respectera que l’habitation du pauvre. Lyon sera rayé du tableau des villes de la République. Les bâtiments conservés porteront le nom de ville affranchie. Au milieu sera élevée une colonne avec cette inscription : Lyon fit la guerre à la liberté, Lyon n’est plus. » Ainsi s’exprime Barère à la tribune de la Convention, le 11 octobre 1793. Couthon et Collot d’Herbois renchérissent : il faut « transplanter » les Lyonnais sur un autre sol, les « licencier », les « répandre avec précaution sur la surface de la République ». 600 immeubles sont promis à la démolition

Marseille s’était elle aussi révoltée contre la Convention. Aucun programme de destruction ou de dispersion de la population ne semble avoir été envisagé, mais le 6 janvier 1794, la cité phocéenne fut officiellement déclarée « Ville-sans-Nom ».

Contrairement aux démantèlements de places fortes volontiers pratiqués par Louis XIV ou aux destructions totales telle celle qu’Hitler avait ordonnée pour Paris en août 1944, les châtiments symboliques sont aisément réversibles. Lyon retrouva son nom à l’automne 1794 peu après la chute de Robespierre, et seuls cinquante bâtiments furent effectivement détruits. La punition marseillaise avait quant à elle été levée dès le 12 février, et le nom de la ville fut bientôt mis à l’honneur par le nouvel hymne national.

Source : Édouard Herriot, Lyon n’est plus. La Répression, 1940 ; chroniques #21, 87, 95.

 

Louis et Auguste Lumière, « Démolition d’un mur », 1896