Morts secondaires
médiasphère, 1963-2022
« La mort d’Édith Piaf a tué Jean Cocteau », titrait le Parisien libéré au lendemain du décès du poète le même jour que celui de la Môme, le 11 octobre 1963. Elles sont légion, ces morts fortuitement synchrones de célébrités, dont l’une est éclipsée par la notoriété médiatique supérieure d’une autre, les transformant en duos de fait, sur un schéma dominant/dominé, qu’ils se soient connus, appréciés ou haïs, totalement méconnus, ou l’un et l’autre, parfois oui, parfois non.
Dressons-en une courte liste pour en noter l’ironie dramatique : la jeune violoniste Ginette Neveu périt doublement effacée dans le même crash d’avion en 1949 aux Açores que la star mondiale de boxe et amant de Piaf, Marcel Cerdan ; Mère Teresa, la sainte nobélisée de 87 ans, s’éteint discrètement le 5 septembre 1997, jour où la trentenaire Lady Di s’écrase sous le Pont de l’Alma. Le sex-symbol Farrah Fawcett trépasse le 25 juin 2009 à 52 ans le même jour que Michaël Jackson, 49 ans, sans susciter autant d’émoi. Certains télescopages semblent droit sortis de l’imaginaire dystopique : Aldous Huxley ne fera pas la une le 23 novembre 1963, jour de l’assassinat de JFK. Et que dire de Prokofiev, mort… une heure avant le « petit père des peuples » le 5 mars 1953 ? Certains cas semblent plus équilibrés quand la mort frappe une même catégorie, ici cinématographique : ainsi du match Antonioni/Bergman. Mais défavorable à Hawks contre Chaplin ; très inégal entre deux nonagénaires suisses, Alain Tanner et Jean-Luc Godard en septembre 2022.
Johnny Hallyday
rafla la mise à l’immortel d’Ormesson, qui avait prophétisé dès 2008 :
« Vous savez, c’est très mauvais pour un écrivain de mourir en même temps
que Piaf. » Mourir comme Jules Romain, sans challenger mais le 14 août, veille d’un grand pont, n'est pas mieux.
Source : Le Parisien libéré, 12 octobre 1963






